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La tortue caouanne (Caretta caretta)

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La tortue caouanne (Caretta caretta) 

Description; La longueur droite des carapaces de caouannes peut être située entre 70 cm et 120 cm, mais la majorité des individus présente une carapace de 80-90 cm (LD). Le poids moyen des adultes est de 80-100 kg, bien que certains individus puissent atteindre les 200 kg.

Les caouannes ont généralement une dossière de couleur brun orangé à brun rougeâtre, voire chocolat avec les bords extérieurs souvent jaunes orangés. La tête de la caouanne, particulièrement grosse, est pourvue d’un bec fort et puissant.

La caouanne possède cinq paires de plaques costales, caractère qu’elle partage uniquement avec la tortue de Kemp très différente par bien d’autres aspects (taille, coloration…). Les nageoires avant portent chacune deux grosses griffes.

Les plages de Floride (USA) accueillent le plus important site de ponte de tortues caouannes de l’ouest atlantique. Actuellement environ 20 000 viennent y déposer leurs œufs chaque année . Cette population semble être en forte augmentation puisqu’il y a 10 ans ce nombre n’était que de 10 000 environ (Moncada Gavilan, 2001).

Une autre zone de nidification importante dans l’ouest atlantique est situé plus au sud le long des côtes du Brésil, où 3000 à 4000 femelles sont recensées chaque année (Ehrhart et al., sous presse). Le Mexique héberge aussi une petite population dont les effectifs sont estimés entre 380 et 400 femelles pondant par an (Ehrhart, 1989). Cuba et la Colombie sont les deux autres pays accueillant un nombre de pontes significatifs dans la région (Moncada Gavilan, 2001).

La caouanne ne semble pas pondre aux Petites Antilles ou exceptionnellement sur certains sites. Ainsi, aucune donnée fiable de ponte n’a été enregistrée aux îles Vierges Britanniques (Eckert et al., 1992), en Guadeloupe, en Martinique, à St Lucie (D’Auvergne & Eckert, 1993), à Antigua et Barbuda (Fuller et al., 1992), à la Barbade ou à Bonnaire. De plus, dans les îles où des pontes ont été observées, leur fréquence est généralement faible : une donnée possible à St Kitts (D’Arbeau, 1989) et pontes très rares à St Vincent et Grenadines (Scott & Horrocks, 1993).

En mer, les tortues caouannes sont observées dans la quasi-totalité des îles de Petites Antilles, mais visiblement jamais en quantité très importante. Du fait de son habitat distant de la côte, cet espèce n’est généralement connue que des pêcheurs qui la capturent accidentellement ou l’observent prendre le soleil en surface. Aux Saintes, il semble que certains pêcheurs se servaient de cette tortue comme d’un « bois », c’est-à-dire d’un objet flottant susceptible d’attirer les poissons (Lorvelec & Leblond, comm. pers., 1999)

D’après les témoignages recueillis à Antigua et Barbuda (Fuller et al., 1992), en Guadeloupe (Meylan, 1983), à St Vincent et aux Grenadines (Scott & Horrocks, 1993) et Bonaire (Sybesma, 1992) entre autres, il semble que la quasi-totalité des individus observés soient des sub-adultes ou de larges juvéniles. Les adultes et les juvéniles de petite taille semblent être très rares aux Petites Antilles.

Distribution et domaine vital: Les caouannes ont une très large aire de répartition marine. Dans l’océan Atlantique, elles peuvent être trouvées au nord jusqu’à Terre-Neuve (Squires, 1954) ou au nord de l’Europe (Squires, 1954) et au sud jusqu’en Argentine (Frazier, 1984). Cette forte fréquentation des zones tempérées oblige les caouannes à réaliser d’importantes migrations annuelles lorsque l’eau devient trop froide. En conséquence, les caouannes ont souvent un domaine vital très vaste et effectuent d’importants déplacements chaque année.

La caouanne est la seule tortue marine qui nidifie préférentiellement dans les zones tempérées (mer Méditerranée, Brésil, Afrique du Sud, côtes est des USA…) et moins dans les zones tropicales.

Habitat: Phase nouveau-nés à juvénile pélagique
De toutes les tortues marines c’est certainement pour la caouanne que l’habitat des jeunes juvéniles est le plus documenté. De nombreuses observations et études convergent pour affirmer qu’au cours de la phase pélagique, les juvéniles de caouannes vivent parmi les radots flottants de Sargassum, qui leur fournissent abris et nourriture (Smith, 1968 ; Fletmeyer, 1978).

Des études réalisées en laboratoire sur des nouveau-nés de caouannes, ont montré la forte attraction des jeunes de cette espèce pour les îlots flottants de végétation où ils peuvent rester immobile durant de longues périodes (Mellgren et al., 1994 ; Mellgren & Mann, 1996). La coloration uniformément brun sombre des nouveau-nés est d’ailleurs idéale pour se camoufler dans les Sargassum, alors qu’elle ne correspond pas à celle d’une espèce pélagique.

Les déplacements des îlots de Sargassum dépendant des courants, plusieurs auteurs ont notés l’importance potentielle que pouvait représenter la zone de convergence océanique et les principaux gyres dans la distribution pélagique des jeunes caouannes (Carr et al., 1966 ; Witham, 1991). Witherington par exemple, a rapporté les données de caouannes nouveau-nés dans les zones de convergence situées le long de la frontière ouest du Gulf Stream, où ils se nourrissaient activement parmi les Sargassum. (Witherington, 1994a).

Phase juvénile benthique à adulte
Dans l’ouest atlantique, les juvéniles quittent les habitats pélagiques au plus tôt à partir d’une taille de 25-30 cm (longueur courbe), mais la majorité autour d’une taille de 50 cm (Lutcavage & Musick, 1985) et à un âge estimé entre 7 et 10 ans (Klinger & Musick, 1995). Les caouannes se rapprochent alors des zones littorales où elles s’alimentent sur les zones benthiques aux fonds durs ou meubles (sable, vase) (Lazell, 1976).

Les juvéniles et les adultes semblent effectuer d’importantes migrations saisonnières en Atlantique. Ces déplacements liés à l’alimentation mènent les tortues très au nord dans des latitudes tempérées (Shoop & Kenney, 1992). La zone de développement estivale de Chesapeak Bay montre bien cet aspect migratoire des tortues caouannes. Chaque année, fin mai début juin, lorsque la température de l’eau atteint les 16-18°C, entre 5000 et 10000 tortues caouannes viennent s’alimenter dans cette baie. Environ 95 % de ces tortues sont des juvéniles qui restent alors tout l’été le long du chenal (5-13m) et se nourrissent sur une zone de 10 à 80 km carrés avec généralement une zone favorite de 5 à 15 km carrés. Toutes les caouannes repartent fin septembre début novembre, lorsque la température devient plus basse.(Lutcavage & Musick, 1985 ; Keinath et al., 1987 ; Byles, 1988 ; Musick, 1989 ).

Des études menées en Virginie ont montré que les caouannes pouvaient présenter une forte fidélité à ces zones d’alimentation temporaires. En effet, sur 121 tortues marquées 48 furent recapturées dans la même zone, quelquefois au cours de saisons postérieures. Certaines caouannes ont même été observé au cours de quatre saisons consécutives (Keinath, 1993).

Si l’habitat des tortues caouannes et bien étudié le long de la côte des USA et du Golfe du Mexique, où se trouvent les plus fortes concentrations, très peu de données sont disponibles pour les Antilles. Etant données les migrations réalisées par cette espèce, il est possible que les eaux chaudes des Antilles puissent servir de refuge en hivers lorsque les zones d’alimentation plus nordiques deviennent inaccessibles.

Les rares observations décrites en Guadeloupe ou en Martinique montrent que contrairement aux tortues vertes et imbriquées qui s’alimentent très près des côtes sur des milieux nécessitant une importante luminosité (herbiers, récifs coralliens…), les tortues caouannes se trouvent plus au large sur des fonds bien plus importants.

Alimentation: Phase nouveau-né à juvénile pélagique
L’alimentation des jeunes caouannes au cours de leur phase pélagique semble très variée. Le contenu stomacal de 5 nouveau-nés échoués en Floride avec un îlot de Sargassum suite à un cyclone, renfermait des morceaux de Sargassum, des morceaux de feuilles, deux gastéropodes (Litiopa melanostoma) associés aux sargasses, à un gastéropode pélagique Diacria trispinosa et à des morceaux de crustacés (Carr & Meylan, 1980). Deux nouveau-nés, trouvés morts sur le mur ouest du Golf Stream à 93 km à l’est de la Floride, contenaient trois types d’aliments : des insectes terrestres, des animaux marins (colonies d’hydrozoaires, des bernacles, des amphipodes, des crabes, des œufs de poissons...) et des plantes marines (feuilles de Sargassum et bouts d’algues) (Richardson & McGillivary, 1991). L’analyse du tube digestif de 42 nouveau-nés trouvés près des côtes de Floride a permis d’identifier la présence d’animaux gélatineux (surtout des méduses et des cténophores), de crustacés (principalement des larves de crevettes et des crabes), d’insectes, d’hydrozoaires, de gastéropodes et de Sargassum (Witherington, 1994b).

Phase juvénile benthique à adulte:
Le régime alimentaire des tortues caouannes après le stade pélagique est très documenté. Il est essentiellement carnivore et comprend une grande variété de proies : organismes gélatineux (méduses, salpes…), crustacés (crabes principalement). Sur les zones benthiques, les caouanes se nourrissent sur toute la colonne d’eau, capturant méduses et salpes vers la surface et dans les eaux intermédiaires, mais semblent concentrer leurs efforts sur le fond où se trouvent la majorité des crustacés.

Les juvéniles capturés sur les importantes zones d’alimentation des Açores et de Madère s’étaient nourris de salpes, de méduses, d’amphipodes associés aux méduses, de ptéropodes (Hyalaea tridentata), de crabes (Nautilograpsus minutus), de poissons syngnathidés (Entelurus aequoreus) et de gastéropodes pélagiques du genre Janthina (Brongersma, 1972). Une autre étude menée sur les mêmes sites avec cinq tortues caouannes juvéniles a montré la présence de coelentérés pélagiques (surtout des siphonophores et, à un degré moindre, des Scyphomedusae et des Hydromedusae), des salpes (Pyrosoma atlanticus), des gastéropodes (Janthina spp., Pterotrachea spp.) et des bernacles (Lepas spp.) (Van Nierop & Den Hartog, 1984). Brongersma (1972) doute que les caouannes puissent attraper des poissons, mais la faible vitesse de fuite des poissons syngnathidés et leur forte mortalité dans la zone peuvent expliquer leur présence dans les contenus stomacaux.

Dans l’Atlantique nord, la méduse Pelagia noctiluca semble être une proie importante pour les caouannes (Bolten & Balazs, 1995).

Le tube digestif de 6 caouannes échouées mortes (5,2 à 30 cm de longueur droite) sur la côte sud du Texas contenait des Sargassum, des méduses, Janthina sp., Litiopa melanostoma et des larves de décapodes et de stomatopodes (Plotkin, 1989).

En Virginie, les caouannes se nourrissant sur les zones benthiques s’alimentent sur une grande variété d’invertébrés (Dodd, 1988). Il apparaît que la majorité de ces invertébrés apportent très peu d’énergie, comme les limules Limulus polyphem qui sont les proies les plus communes dans la région (Lutcavage & Musick, 1985).

L’étude des fèces de 25 tortues caouannes capturées en mer autour de Long Island, New York, présentait une importante quantité de crabes (Libinia emarginata, Cancer irroratus, Pagurus pollicaris et Ovalipes ocellatus) présents dans 90 % des fèces. Les mollusques (Mytilus edulis et Busycon spp) ont été trouvés dans 40 % des fèces et les algues (Sargassum natans, Ulva sp et Fucus spp) dans 20%. Ces données sont toutefois à prendre avec précaution, puisque dans les études basées sur les excréments, les organismes entièrement digérés comme les méduses et les salpes ne figurent pas (Burke et al., 1993).

Des études réalisées sur 82 tortues caouannes échouées au sud Texas pendant trois ans (Plotkin et al., 1993) ont montré la présence de peignes de mer (Virgularia presbytes) chez 56 % des individus, soit 59 % du poids sec total. Les crabes ont été observés chez 88 % des individus, soit 29 % du poids sec total. Au total, 9 espèces de crabes ont été identifiées, principalement des crabes de fond se déplaçant en marchant (peu de crabe dont le mode de déplacement préférentiel est la nage). Les autres proies ingérées étaient des mollusques, des vers, des bernacles, des poissons, des anémones de mer, des crevettes et des végétaux. Une forte modification du régime alimentaire a été observée en fonction des saisons. Alors qu’au printemps les peignes de mer représentent la grande majorité de l’alimentation, les crabes deviennent les proies principales en été et en automne (ils sont alors plus abondants dans la région).

Reproduction: Pour les caouannes, la maturité sexuelle est estimée entre 12 et 30 ans, mais une trentaine d’années étant certainement une estimation plus réaliste (Frazer & Ehrhart, 1985).

Dans la Caraïbe, le pic de la saison des pontes des tortues caouannes semble se situer entre la mi-mai et la mi-juillet.

Les tortues caouannes ne présentent pas une fidélité stricte à une seule plage de ponte. Une même femelle peut nidifier sur deux plages distantes de plus de 300 km au cours d’une même saison de ponte (Bjorndal et al., 1983), mais ces cas ne sont pas fréquents. Ces changements de plage de ponte sont peut-être à l’origine des très rares pontes observées aux Petites Antilles, qui proviendraient non pas de populations antillaises, mais du comportement erratique de certaines femelles rattachées à des populations proches des Antilles.

Les caouannes pondent en moyenne 3,49 nids par saison (Miller, 1997). L’intervalle entre deux nids est généralement de 14 jours (13 à 17) et le nombre d’œufs par ponte est estimé à 112,4. Comme pour les autres espèces, les femelles de tortues caouannes ne se reproduisent pas chaque année, mais en moyenne tous les 2,59 ans (Miller, 1997).


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