L’orang-outan : l’homme de la forêt - primates
Les Malais l’ont baptisé « orang-outan » ce qui signifie « homme de la forêt ». Certaines tribus pensaient que ces « hommes » avaient été changés en animaux à la suite d’un sacrilège.
Selon une légende javanaise, l’orang-outan est doué de parole. Cependant, à la différence de l’homme, il aurait eu la sagesse de ne jamais parler pour ne pas devoir travailler.
Darwin en fit un de ses sujets préférés. Au nom de la théorie de l’évolution, de nombreux orangs-outans succombèrent, soit durant le voyage, soit par dissection ou manque de soins.
L’orang-outan : un pongidé
L’orang-outan appartient à la famille des pongidés. Les deux sous-espèces vivent uniquement dans certaines forêts tropicales de Bornéo et du nord de Sumatra.
Des fossiles découverts en Chine et à Sumatra montrent que l’orang-outan primitif, le Sivapithecus, était beaucoup plus imposant que l’espèce actuelle.
Il existe deux sous-espèces :
L’orang-outan de Bornéo a un visage plus rond et moins poilu. Son pelage roux foncé est moins dense.
L’orang-outan de Sumatra peut avoir un pelage très foncé ou roux.
Portait de l’orang-outan
Ce primate est un animal arboricole par excellence, remarquablement bien adapté à la vie dans les arbres où il passe sa journée en quête de nourriture et y construit des nids.
L’orang-outan est un animal « quadrumane » c’est-à-dire qu’il possède quatre mains. Les « doigts des pieds » sont préhensiles tout comme les mains.
Ce singe a des poils très longs qui peuvent atteindre 50 cm sur les épaules.
Avec le gorille, c’est le plus grand des singes anthropoïdes. En position debout, il mesure de 1 m à 1 m 80. Un mâle pèse entre 80 et 100 kg, la femelle deux fois moins.
Seul pongidé arboricole, sa morphologie est adaptée en conséquence. Les bras d’un mâle adulte peuvent atteindre plus de 2 m.
La peau de la face intérieure des doigts et de la paume est glabre, très innervée avec de nombreux sillons. Contrairement aux autres mammifères, c’est la vue et le sens tactile qui sont les plus développés. De plus, l’orang-outan voit en couleur ce qui lui permet de connaître la maturité d’un fruit.
Son cerveau est gros : jusqu’à 450 cm3.
L’orang-outan dort 17h sur 24 et ne parcourt que quelques centaines de mètres par jour.
Un mâle peut vivre jusqu’à 40 ans.
L’orang-outan se nourrit surtout de fruits. En période de disette, il élargit son menu avec des feuilles, des écorces, des champignons, des fourmis, des termites, des œufs ou du miel d’abeille.
Les attributs du mâle dominant
Le mâle adulte se distingue de la femelle par le développement après la puberté d’un renflement des joues, appelé « disque facial ».
Cette masse graisseuse peut atteindre jusqu’à 10 cm de large et 20 cm de long chez les mâles dominants.
Avec l’âge, les femelles développent des excroissances adipeuses sur le museau et autour des yeux mais de façon beaucoup moins prononcée.
Les mâles adultes sont également dotés d’une poche sous le menton appelée « sac laryngien » qui peut contenir plusieurs litres d’air.
Ce sac existe d’ailleurs chez l’homme, ce sont les minuscules « ventricules de Morgani ».
Disque facial et sac laryngien sont des attributs de puissance. Un mâle dominant peut ainsi pousser son long cri.
Le cri de l’orang-outan : plus fort que Tarzan
De temps en temps, un long cri retentit dans la jungle. Ce cri débute par un grondement sourd, augmente progressivement en intensité et s’élève jusqu’à un hurlement profond.
Au bout de quelques minutes, il s’éteint en longs soupirs tandis que le sac laryngien se vide.
Ce cri cumule plusieurs fonctions :
Le mode de vie de l’orang-outan
L’orang-outan passe la majorité de son temps à se nourrir de fruits et à se reposer. Chez les adultes, la vie sociale est très réduite.
Même s’il utilise la « brachiation, technique qui consiste à se balancer d’un bras sur l’autre, l’orang-outan se sert de ses quatre membres pour s’assurer de ses appuis. Il ne saute jamais d’une branche à l’autre comme les autres primates.
Etant donné son poids, une chute lui serait fatale.
Il descend rarement au sol. Exceptionnellement, il peut se relever sur ses pattes mais se déplace toujours en adoptant une démarche quadrupède.
Bien que très sédentaire, il construit un nouveau nid chaque soir. La position pour dormir est semblable à celle de l’homme. Pour ne pas être importuné, il se dissimule le visage sous une grande feuille.
L’orang-outan est un animal solitaire. Cependant, une hiérarchie sociale existe. Un vieux mâle dominant protège chaque petit groupe. Il leur apporte son expérience de la forêt. Ainsi, chacun peut trouver les fruits mûrs toute l’année.
A la mort de ce patriarche, un mâle prend sa place. A cette occasion, sa physionomie se transforme radicalement. Il prend du poids et les dépôts graisseux apparaissent sous la peau des joues.
En principe, chaque mâle possède un domaine d’environ 5 km² qui chevauche les domaines de plusieurs femelles.
Une certaine sérénité règne au sein des orangs-outans. Cependant, les combats entre mâles peuvent être très violents : doigts sectionnés, oreilles coupées …
La reproduction de l’orang-outan
L’accouplement peut avoir lieu tout au long de l’année. Quand une femelle est réceptive, elle attire le mâle dominant qui répond à son invitation par un long cri.
Ils restent ensemble quelques jours et s’accouplent dans un arbre.
Après 9 mois de gestation, un seul petit naît (exceptionnellement deux). La mère s’occupe seul du petit. Elle coupe elle-même le cordon ombilical. Le jeune pèse environ 1,5 kg.
La mère lui procure lait et soins attentifs. Quand elle doit se déplacer, elle le porte d’une main.
La relation entre eux est d’une rare intensité. Il restera agrippé au flanc de sa mère jusqu’à un an.
Le sevrage intervient vers 3 ou 4 mois. Il quitte sa mère vers un an et demi. Jusqu’à 7 ou 8 ans, le jeune reste sur le même territoire que sa mère, lui rendant régulièrement visite. Il vit au sein d’un groupe d’adolescents dans lequel règne la joie de vivre : jeux, chamailleries, découverte de la forêt.
A 10 ans, la période de sociabilité cesse. La femelle devient mère. Le mâle voit les attributs de sa virilité apparaître mais ne pourra féconder qu’à la stérilité du mâle dominant.
Le taux de reproduction est assez faible ce qui explique la dramatique baisse des populations décimées par le braconnage.
L’avenir de l’orang-outan
Depuis 1975, le commerce des orangs-outans est interdit par la CITES. Malgré cette protection et la création de réserves protégées, le braconnage continue.
Dans le Parc National de Tanjung Puting, les orangs-outans captifs sont récupérés et soignés avant d'être réintroduits dans leur environnement ce qui est d'ailleurs difficile.
En 2004, la population était estimée à moins de 60 000 à Bornéo. Soulignons qu’elle était de 315 000 en 1900.
A Sumatra, on ne compte plus que 6 000 individus.
Plusieurs parcs nationaux ont été créés en Indonésie. Le Parc national de Gunung leuser est l’un des refuges de l’orang-outan.
Ces dernières années, dans le parc national de Kinabalu à Bornéo, l’orang-outan a connu une diminution dramatique de ses effectifs à cause des incendies et du braconnage. On ne compte plus que 120 individus dans cette réserve.
On peut encore éviter l’extinction. Pour cela, des mesures énergiques doivent être prises pour stopper les compagnies forestières qui détruisent la jungle. En 30 ans, le volume de bois tropicaux commercialisé a été multiplié par vingt.
De nombreuses associations sont mobilisées pour sauver la forêt tropicale de Bornéo et Sumatra ainsi que sa faune.
Espérons que le gouvernement Indonésien comprenne l’importance de préserver ce trésor national et ne laisse pas les compagnies forestières continuer ce massacre.
V.B (02.2005)