Le Loup
Sep 24,2007 00:00 by admin

 Le Loup

Animal discret ayant peur de l'homme, le loup a été considéré comme un monstre à exterminer jusqu'au milieu de ce siècle. Comment expliquer une telle peur ? Maintenant que l'on a appris à connaître ce canidé, et en particulier sa vie en collectivité, notre comportement a changé. Les programmes de sauvetages commencent à porter leurs fruits un peu partout dans le monde, et en particulier par un retour en France.

Depuis des siècles, le loup a la réputation d'être une bête cruelle. La légende populaire l'a décrit comme un être sanguinaire, lâche et sournois. L'église en a même fait une représentation du Mal. Mais comment expliquer cette haine viscérale de l'homme envers le loup ?

La Peur du Loup 

L'origine des relations entre ces deux espèces remonte au Paléolithique. En ces temps reculés, deux prédateurs cohabitent dans les immenses espaces de l'hémisphère Nord de la planète. Ils possèdent tous deux une organisation sociale élaborée, un sens parental très développé, des moyens de communication accrus et des stratégies de chasse efficaces. L'homme et le loup, puisque c'est bien sûr d'eux dont il s'agit, se partagent les troupeaux de rennes, d'aurochs, de chevaux sauvages et de cerfs. Ils règnent ainsi côte à côte sur la faune eurasienne pendant des millénaires, la concurrence n'ayant aucune raison d'être puisque les espaces sont immenses et la population humaine réduite.

Au Néolithique, la domestication et l'agriculture rendent l'homme sédentaire. Jusqu'alors tolérant, l'homme devient un farouche protecteur de ses biens. La seule espèce capable de menacer ses troupeaux est le loup. Il n'est plus considéré dès lors que comme un parasite qui s'attaque aux moutons, chèvres, et autres animaux domestiqués.

Le loup est le plus grand des canidés, famille regroupant 41 espèces dont les renards, coyotes, chacals et notre chien domestique (Canis canis). Il existe plus d'une trentaine de sous espèces de loup différenciées par leurs localisations géographiques et leurs caractéristiques morphologiques. Le poids peut ainsi varier de 14 / 25 kg chez le loup de la péninsule arabique (Canis lupus arabs) à 80 kg chez les plus gros mâle du loup boréal américain (Canis lupus arctos).

Description: La couleur du pelage varie selon les sous-espèces et la répartition géographique, mais aussi au sein d'une même portée. Existant du blanc au noir, en passant par toutes les nuances de gris, fauve et même roux, à ne pas confondre avec le loup roux (Canis rufus), hybride du loup et du coyote, quasiment disparut à l'état sauvage, la couleur de la robe révèle son adaptation au milieu. Le loup arctique est pratiquement blanc alors que les individus vivant dans des forêts très touffues ont une robe sombre.

La morphologie:  générale du loup évoque immédiatement la puissance, la rapidité et l'endurance. Associé à une intelligence légendaire, une vue et une ouïe excellentes, et un odorat, capable de déceler la présence d'une proie, ou de l'homme, jusqu'à 2,5 kilomètres de distance, le loup est au sommet de la chaîne alimentaire dans la plupart des régions qu'il peuple, là où il n'y a pas de pumas, grizzlis et ours.

Sa mâchoire, constituée de 42 dents dont 4 canines, peut exercer une pression de 15 kg / cm². C'est cette formidable "gueule" qui fait de ce prédateur un carnivore particulièrement efficace qui se nourrit en milieu naturel de grands ongulés : chevreuils, chamois, cerfs, bouquetins, élans, rennes… Dans le Mercantour, le mouflon représente ainsi 60 % de son régime alimentaire en hiver, mais seulement 10 % en été. Il faut dire que la capture d'un mouton non gardée est bien plus facile. Affamé, il pourra se sustenter de charognes, petits rongeurs, reptiles, oiseaux et même baies et fruits sauvages.

Alimentation: La ration de viande quotidienne est de 2,5 kg, mais ne mangeant pas tous les jours, il est capable d'ingurgiter une dizaine de kilogrammes en un seul repas. Les restes sont ramenés et enterrés à proximité de la tanière.

Reproduction: Quand la famille s'aggrandit, Les loups s'accouplent une fois par an. La période de rut s'étale de janvier à avril selon les régions. Dans les meutes de moins d'une dizaine d'individus, seul le couple dominant se reproduit. Son agressivité est alors à son paroxysme, inhibant l'instinct reproducteur des autres membres de la meute. Ce comportement permet de sélectionner les meilleurs individus pour la reproduction.

La louve porte ses petits pendant environ 60 jours. A l'approche de la naissance, entre février et juin, elle se met à la recherche d'une tanière où mettre bas, de préférence près d'un point d'eau. A la naissance, les petits, au nombre de 2 à 5, sont aveugles et désarmés mais dès l'âge de 2 semaines, leurs yeux s'ouvrent et la curiosité les pousse vers l'issue de la tanière. La mère les allaitera pendant 2 mois avant de commencer le sevrage par une alimentation composée de viande régurgitée.

Toute la meute participe à l'éducation des louveteaux, y compris les jeunes de l'année précédente qui servent tour à tour de nourrice et de compagnon de jeux. A l'âge de 4 mois, le louveteau prend le nom de louvard. Dès l'âge de 6 mois, il commence son éducation et apprend à reconnaître les pistes, les proies et les limites de son territoire. De taille adulte vers 1 an, il participe à la vie de la meute. Mature à l'âge de 2 ou 3 ans, il pourra choisir de rester dans la meute ou de partir à la recherche l'âme sœur pour fonder une nouvelle famille. Devenu loup solitaire, il devra parfois parcourir de très longues distances, en prenant soin d'éviter les territoires d'autres meutes. L'éparpillement est une nécessité pour l'espèce afin d'assurer un brassage génétique et la conquête de nouveaux territoires.

La société lupine

Le loup est l'animal social par excellence. Son identité se fonde sur l'appartenance à sa meute. Il s'agit le plus souvent d'une "famille" : un couple, les petits de plusieurs générations mais aussi : oncles, tantes, demi-frère ou demi-sœur, et quelquefois même des individus étrangers. Elle compte le plus souvent entre sept et douze loups. Cet effectif varie cependant en fonction de la région, il peut atteindre une trentaine d'individus dans les régions boréales (Alaska, Canada, Sibérie), alors qu'autour du bassin Méditerranéen, il n'y a en générale que quatre à cinq.

La vie en communauté implique des contraintes. Pour permettre une bonne entente entre tous, chacun possède une place bien définie dans la hiérarchie. Le couple qui se trouve au sommet de la pyramide s'appelle couple alpha. Chaque partenaire du couple règne sur les individus de son sexe. Le mâle alpha prend les décisions pour la meute. C'est lui qui décide ainsi des déplacements et de la chasse. C'est lui également qui sera le premier à manger, mais pour autant, il est loin d'être un dictateur et affiche une patience certaine envers ses subalternes, sauf à la saison des amours.

L'envie pour un jeune loup d'accéder à un statut plus élevé, en général à l'approche de la période d'accouplement, provoque des combats entre individus dont l'issue n'est que très exceptionnellement la mort. Ces coups d'Etat ont comme conséquence un changement de la hiérarchie de temps en temps, en sélectionnant les meilleurs individus pour la reproduction. Pendant les périodes de famines hivernales, tous les membres de la meute se concentrent sur la recherche de nourriture.

Symbole d'une nature préservée

La meute vit sur un territoire dont la superficie varie généralement de 200 à 1000 km² selon le nombre d'individus de la meute bien sûr, mais aussi de la topographie, de la richesse et de la taille des proies.Le loup peut ainsi se déplacer au trot pendant près d'une dizaine d'heure par jour, parcourant jusqu'à 60 kilomètres à la recherche de nourriture ou pour fuir l'homme. Dans les régions très enneigées, les membres du groupe se relaient en tête de la file indienne afin de faciliter le passage des autres (d'où l'expression, aller à la queue leu leu, leu signifiant loup en ancien français).

C'est uniquement lors de la chasse que le loup atteint sa vitesse de pointe qui est estimée à 70 km/h. Le plus souvent, les loups qui attaquent un troupeau d'ongulés (caribous, bœufs musqués,...) isolent l'individu le plus faible, vieux ou malade, avant que l'un d'entre eux ne le prenne à la gorge pendant que les autres membres le mordent aux pattes pour l'immobiliser. Une autre technique de chasse sera l'épuisement de la proie, après une poursuite qui peut durer plusieurs jours, ou encore l'utilisation de rabatteurs qui vont contraindre la future victime à se "jeter dans la gueule du loup". La meute fait souvent beaucoup d'efforts pour peu de résultats puisque que neuf tentatives sur dix se solderont par un échec.

Le loup possède des moyens de communication très variés. Au sein d'une même meute, les individus communiquent par toutes une variété d'expressions et de gestuelles mettant en œuvre principalement les mimiques faciales, la position des oreilles et de la queue. Ainsi un subalterne pourra exprimer sa soumission au mâle Alpha par une position fléchie, les oreilles couchées et la queue basse. Les membres de la meute se reniflent, se touchent et jouent ensemble fréquemment, ce qui maintient la cohésion du groupe.

Pendant leur déplacement, les loups urinent fréquemment. Cela ne sert pas seulement à marquer leur territoire mais aussi à permettre à un membre égaré de retrouver la meute.

De même, nous avons longtemps cru que le hurlement avait ces mêmes rôles. Un individu commence son chant, bientôt rejoint par toutes les voix de la meute qui s'accordent en un chœur plaintif et envoûtant (loup.wav - 118ko). Nous savons maintenant qu'il sert avant tout à renforcer la cohésion du groupe, les loups hurlant aussi pour le plus simple plaisir de hurler.

Le Retour du Loup

Maître incontesté de la faune eurasienne, le territoire des loups s'étendait par le passé de l'Irlande au Japon et des terres polaires à la Méditerranée. Il était présent sur presque tous les biotopes, des déserts de glace au désert de sable, avec comme terre de prédilection les forêt sauvages

Toujours présents en ex-URSS et dans quelques poches Européennes, son territoire n'a plus rien de comparable avec le passé.

A pas de loup...

Le loup est aujourd'hui protégé dans la majorité des pays d'Europe. Il bénéficie de diverses conventions internationales, dont la Convention de Berne qui protège les espèces et les habitats naturels menacés au niveau international.

C'est l'Italie pour le moment qui a réussi le sauvetage de l'espèce sur son territoire. En 1976, il n'y avait pas plus d'une centaine d'individus qui survivaient sur son territoire. Une sensibilisation de la population rurale, suivie d'un statut de protection totale, ont permis une multiplication par cinq de l'effectif en vingt ans. Ceux-ci occupent maintenant de nombreuses régions italiennes et vont même jusqu'à reconquérir des territoires à l'extérieur de ce pays.

C'est ainsi qu'en novembre 1992, un loup italien est officiellement repéré dans le parc du Mercantour. Malgré des oppositions souvent excessives, il y a maintenant une vingtaine d'individus qui s'y maintient. Un loup a été photographié cet été dans le parc de la Vanoise et des individus isolés ont même été observés dans les Vosges et dans la région de Grenoble.

Il ne faut pas se voiler la face, le retour du loup pose des problèmes non négligeables, il est ainsi responsable de la mort d'un nombre non négligeable de moutons, même si dans bien des cas, les morts attribuées au loup sont la conséquence de chiens errants. Un système de compensation financière a été mis en place afin de garantir un dédommagement des populations locales et d'apaiser les querelles. Bien que réparant gracieusement les dégâts matériels, ces indemnités ne réparent pas le harcèlement incessant dont sont victimes les bergers.

Bénéficiant d'une popularité croissante avec 80 % des français favorables à la réintroduction du loup dans le parc du Mercantour (Sondage SOFRES 1995), l'avenir du loup n'a jamais été aussi radieux depuis plusieurs siècles.

Vers une cohabitation avec les bergers ?

Avec près de 800 brebis tuées en 1997, principalement durant la belle saison, le retour du loup dans les Alpes ne passe pas inaperçu chez les bergers. Il faut cependant relativisé les dégâts causés par les loups, les chiens errants tuent sur le territoire français 10 à 15 fois plus de têtes.

Sensible à ce problème, les instances politiques européennes préconisent un élevage ovin adapté à la présence du loup, en évitant le surpâturage, encourageant la création d'enclos fermé et l'élevage de chiens de berger. Deux à trois montagnes des Pyrénées vivant au milieu du troupeau peuvent ainsi protéger 300 à 2500 brebis.